Ramadhan…et après ?

Initialement paru le 04/06/2019

Le mois de Ramadhan s’est achevé et nous espérons qu’il a été une période riche et bénéfique pour toutes celles et ceux qui y aspiraient.
Nous espérons surtout que vous aurez pu vous connecter au sens que vous y mettez ou que vous lui en avez découvert d’autres : partage, communion, connexion, ascèse, minimalisme, performance, rigueur, dépassement de soi, complicité et joie profonde…
Et son corollaire aussi de fatigue, frustration, irritabilité et parfois colère de ne pouvoir performer partout et en tout, difficultés à entrer en lien avec le divin, ou à ressentir l’émulation ou la partage…
Toutes ces émotions sont justes et font partie de votre expérience de Ramadhan.
Aucune n’est supérieure à une autre et seule votre chemin et votre voyage intérieure valent pour eux-mêmes.


En cette fin de Ramadhan la tristesse pointe souvent le bout de son nez.
Entre culpabilité de n’avoir réussi à atteindre tous ses « objectifs spirituels » et tristesse de voir se refermer derrière soi ce qui apparait souvent comme le seul ilot d’intériorité dans une vie trop frénétique et « loin de soi ».


Ces émotions proviennent d’une erreur de compréhension de ce qu’est le jeûne dans toutes les traditions du monde depuis aussi loin que l’on s’en souvienne.
Et si la civilisation musulmane se définit aussi par son universalisme, elle ne peut alors nier son appartenance à cette lignée humaine et à cet héritage qui nous appartient tous.
Cet héritage qui nous apprends que le jeune exige nécessairement un temps de repos, un temps de retrait, un temps de silence, un temps dévolu à l’écoute de ce qui va être remué émotionnellement en nous et pas seulement physiquement, un temps d’écoute du lien qui se crée pas à pas quand le corps approche et découvre par l’ascèse (stress biologique faim/soif) un nouveau regard sur les choses.

Or le monde musulman, à l’image du reste du monde et de notre civilisation du loisir et de la vitesse, a perdu de vue cette dimension…
Et c’est ainsi que des millions de musulmans dans le monde se lancent chaque année courageusement dans un jeûne éprouvant sans comprendre ce qu’il va se passer au niveau physiologique et psychologique et sans savoir que vivre pleinement son jeûne est difficilement compatible avec une vie active à laquelle on ne change rien.


Les difficultés et frustrations qui en découlent sont donc normales et prévisibles…et il n’est pas utile de se flageller pour ce qui relève presque de l’impossible.
Presque…car mon propos ce soir n’est pas de vous affliger mais de dire qu’avec une préparation et une éducation en amont à ce qu’est le jeûne et ce qu’il implique au-delà de l’alimentation, vous vous offrirez plus de chances d’en recueillir les bénéfices, quelles que soit la lecture que vous en faites (sur un plan religieux, ou hygiéniste/santé, ou sociétale, etc.).


Et l’éducation n’est ici pas un vain mot car il me semble que si dans l’éducation de beaucoup de musulmans, le Ramadhan apparait comme une fin en soi, un but dans l’année, il me semble à moi qu’il en est un point de départ…
Voilà peut-être pourquoi il n’y a pas lieu de s’affliger ou d’avoir des regrets.
Ramadhan n’est pas un mois de performances vaines mais un mois d’apprentissages dont vous garderez peut-être une chose seulement ou un peu plus, pour le reste de l’année et qui sait de votre vie même peut-être.

Il me semble que dans la frustration qui peut être ressentie durant ce mois, le jeûne de Ramadhan rappelle combien il est important de se créer à l’année des temps d’intériorité, de se créer son ilot, son refuge de calme et de silence…
Que la solitude est riche et nécessaire mais qu’elle n’a de sens que dans son alternance avec les moments de communion et de partages qui procurent une joie intense.
Et que peut-être, oui, nous avons besoin de moins que ce que nous croyons savoir quand nous vivons au quotidien en automatique…
Peut-être y trouverez-vous des enseignements tout différents encore…
L’important est le sens que vous lui accordez et la conscience que vous y mettez.

Le reprise alimentaire

Soupe au potiron

Pour les naturopathes, le jeûne est la forme de « détox » la plus aboutie.
Comme toute détox, elle se prépare évidemment idéalement en amont et ne concerne que ceux dont la santé et la vitalité et suffisante.
Et comme toutes les détox, il faut l’achever et retourner à un rythme de vie et une alimentation normale progressivement.
Certains seront fatigués après cette « détox », d‘autres y trouveront immédiatement un regain de force.
Mais pour chacun, on peut espérer des avantages à conditions de ne pas retourner à un mode de vie totalement similaire ou pire.


Le jeûne se clôture sur l’Aid el fitr, grand jour de joie, et de partage et peu d’entre nous échappent aux douceurs souvent trop sucrées que l’on s’offre en ce jour.
D’un point de vue rigoureusement hygiéniste, il va sans dire que ce n’est pas la meilleure façon de clôturer une période de jeûne.
Ceci étant, les contingences familiales et sociétales nécessitent de faire des concessions et de voir ses exigences à la baisse et trouver une forme d’équilibre.
Il serait injuste et dommage de faire abstraction du caractère sociale et sociétale presque unique du jeûne de Ramadhan dont la spécificité parmi d’autres jeûnes est de n’être pas qu’un acte individuel mais un mouvement collectif et initialement cosmogonique (en lien avec la disposition des astres).
Aussi, pas de culpabilisation en ce jour précieux.
Profitez de la joie de pouvoir boire et manger des plats préparés ou choisis avec amour tout en évitant les excès qui ne seraient respectueux ni de votre corps, ni du mouvement vers le « moins » que suppose Ramadhan.

Une reprise idéale pour ce type de jeûne pourrait être de prendre surtout des repas hydriques en ce premier jour : bouillons de légumes, soupes, jus de légumes et jus de fruits à volonté.
A boire doucement, par petites gorgées, tout au long de la journée ainsi que la suivante.
Cela permet au corps de retrouver son hydratation optimale par l’apport de minéraux sans pression massive.
Ne pas négliger de boire des tisanes douces qui par leur effet vont permettre de continuer à drainer le corps ce qui reste très important durant les deux ou trois jours qui suivent la fin d’un jeûne.
Une tisane de verveine, camomille, mélisse, bleuet, menthe, ortie, géranium, rose ou même du thé vert sont adaptées.
Penser à continuer ou reprendre une activité physique modérée dont l’intensité pourra augmenter avec les prochains jours.
Et puis si besoin et envie, grignoter un peu de ce qui vous est offert ou que vous souhaitez partager.
Idéalement quelques légumes cuits avec un peu d’huile (que vous pouvez ensuite manger froids), un peu de viande blanche/poissons ou des œufs, des fruits, quelques oléagineux, le tout par petites portions réparties sur la journée aussi.
Réintroduire petit à petit aux repas les légumes crus, les légumineuses (pois-chiches, lentilles, etc.) et les céréales (pain semi-complet, blé, riz, etc.)


Ceci étant, le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’être à l’écoute de votre corps.
Vous serez surement étonnés de découvrir que vous n’avez pas très faim en ce premier jour et d’entendre que non, en fait vous n’avez pas vraiment envie de cette deuxième merveille parfumée à la fleur d’oranger, aussi délicate soit-elle.
Pensez à prendre des temps de pause pour respirer et ancrer en vous la gratitude pour ce que vous avez vécu en ce jour, gratitude vis-à-vis de vous-même aussi et d’ancrer aussi la liberté de vous octroyer de tous mets qui vous donnent envie.
La nourriture ne sera dès lors plus qu’une douceur à partager avec modération durant deux ou trois jours et non plus l’enjeu d’un acte d’assouvissement compulsif.
Il n’est certes pas toujours facile d’entendre le langage de son corps quand on a « oublié » cette faculté, mais cela se travaille, se retrouve, et c’est si précieux…

Ceci est d’autant plus important si vous souffrez de troubles du comportements alimentaires. La restriction induite par le jeûne peut accentuer ces troubles.
Prenez soin de vous faire aider et accompagner par un professionnel de santé (naturopathe/psychologue/médecin) durant cette période délicate si vous avez fait le choix de jeuner.


C’est aussi l’occasion de choisir de garder une bonne habitude de Ramadhan pour le reste de l’année : éliminer le sucre du thé/café ou les biscuits industriels, diminuer un peu sa quantité de nourriture globale, diminuer l’usage d’ustensiles nombreux et non écologiques, s’accorder un mini temps de relaxation/méditation tous les jours, jeûner une journée régulièrement ou pratiquer le jeune intermittent (rester à jeun après le déjeuner jusqu’au prochain petit déjeuner) etc.
Une seule habitude peut amener de grand changements, il ne faut pas négliger de faire une chose qui nous parait juste, aussi petite soit-elle.


Enfin, il est temps ensuite d’entrer dans une phase de « repos »/revitalisation, et la saison se prête très bien à cela, fruits et légumes en abondance, lumière, soleil, farniente, sport, nature, grand air….

Prenez conscience de la grande vague qui a agité votre corps durant plusieurs semaines, portez votre attention sur ce dont vous vous êtes déchargés et sur ce qui vous a nourri profondément et faites vivre la gratitude en vous.

Que votre journée soit lumineuse, intime et partagée, pleine d’amour.


‘Idkoum Mabrouk.

Hafida Faes Iskrane
Biologie et naturopathie.

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