Dune…le film de Denis Villeneuve

Enfin…le film, nouvelle adaptation tant attendue, du chef d’œuvre de la littérature Science fiction (SF), Dune, écrit par Frank herbert, est enfin dans les salles. Un film à la hauteur des espoirs des lecteurs, et qui attirera très certainement de nouveaux lecteurs.

(Image : D.R.)

Denis Villeneuve, le réalisateur de cet opus nous gratifie ici d’un travail cinématographique absolument incroyable en termes de lyrisme, de réalisation mais aussi d’interrogation. Autremkent dit, le réalisateur se montre à la hauteur des exigences du niveau du livre.

L’esprit du livre y est

Évidement, un film, aussi bien réalisé qu’il soit, ne pourra jamais rendre tous les détails d’une œuvre littéraire. Et ce n’est pas vraiment ce qu’on lui demande. Par contre, une adaptation cinématographique doit réussir à exprimer, au moins partiellement, quelque chose de l’esprit de l’œuvre initiale.

Tout n’est pas parfait, néanmoins le Dune de Villeneuve parvient à capter quelque chose du livre et réussit à plonger dans des interrogations qui semblent relever de plusieurs domaines à la fois. Destinée, choix, religion, sainteté, production, exploitation, loyauté, fidélité…trahison. Tout y est, ou est annoncé !

Quant au jeu des acteurs, bien qu’avant de voir le film, une certaine appréhension pouvait laisser un doute, tant Timothee Chalamet donnait l’impression d’être une star des ados. Mais dans ce film, lui et sa partenaire, Rebecca Fergusson, incarnant une très convaincante Lady Jessica, ont été à la hauteur et même davantage. Ici, il ne faudrait pas mettre de côté la performance de Oscar Isaac dans son rôle du duc Leto Atréides.

Dune : un récit islamo-bouddhiste ? 

L’un des traits marquants de l’oeuvre originelle de l’américain Frank Herbert (1920-1986), est l’omniprésence d’un fonds islamique à son oeuvre. Ainsi des références continues dans le film à des expressions comme « lissan al ghaib« , ou encore la référence au « mahdi » ou au titre donnée à Lady Jessica de « sayyidina« . Et encore, d’autres références présentes dans le livre n’ont pas encore été mises en avant dans le film, mais le seront très certainement dans les suites à venir. Une autre notion d’importance est mobilisée dans cet univers, celle de « Kwisatz Haderach« , expression probablement d’origine hébraïque qui signifie « court chemin ». Toutefois, on peut reconnaître aussi dans cette expression l’arabe « qâfez al turuq« , « celui qui saute dans les chemins » ou « à travers des chemins », expression aussi énigmatique en arabe qu’elle ne l’est en français. Même si cette notion est étrangère à l’islam, elle s’entend malgré tout. De même que le « Shai Khulud » (chose éternité).

Une des questions essentielles posées dans le film est de penser son action dans le monde, qu’on ait le choix ou non. Soit nous ne l’avons pas, et tout ce que nous faisons n’est que le résultat attendu d’un calcul préalable, soit nous sommes libres, et en agissant, nous mettons en place les éléments d’actions futures à venir. Mais peut-on échapper à ce cycle ? Peut-on sortir de la boucle du choix et/ou de la détermination liée à ce choix ? Et c’est ici que le lien avec la pensée bouddhiste se matérialise, peut-on sortir du cycle du samsara ? De cette boucle implacable qui nous mène des actes aux conséquences de manière constante et mécanique. Peu importe le prix de ces actes. Au passage, cette double affiliation des problématiques spirituelles dans Dune, islamique et bouddhiste, n’a rien de surprenant pour qui connaît les origines des Fremens, le peuple de la planète Arrakis, planète aussi appelée Dune. (Si vous souhaitez en savoir plus, allez lire les livres.) La question de la destinée, de son existence ou non, et de se penser libre ou non, toute cette problématique est ancienne et très vive en islam. 

Paul comprend l’enjeu, et longtemps refuse le rôle devant lequel il semble pourtant devoir tenir une place décisive. Agir, sauver la Maison Atréides et la porter au sommet ? Mais au prix d’une « guerre sainte », comme il est dit dans le film, qui sera meurtrière, d’autant plus qu’elle se fera à travers l’univers sur une humanité constituée de centaines de milliards d’individus. Ou alors, acceptera-t-il (Paul), une fin discrète, retirée du monde et des hommes, et qui mettra un terme à sa Maison, mais épargnera des millions de vies…

A la sortie de la projection, la seule question qui se pose est: à quand la suite ?

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  1. Alger 1979, j’avais 17 ans, l’ex-président Boumediene était mort depuis quelques mois, ce qui permit aux opposants et anciens combattants algériens en exil, à la suite du coup d’État de 1965 de revenir en Algérie.

    J’étais élevé par une Française communiste et cette année, vivait chez-nous l’anticolonialiste Français, écrivain, journaliste ancien combattant de la guerre d’Algérie, Lucien doucet dit Serge Michel. Anarchiste, féministe et nietzschéen, il était passé par quatre années de prison pour avoir refusé de dénoncer les membres de la bande à Bonnot. Ami de Lumumba, Guevara, et Ferhat Abbas, il avait travaillé dans les bases arrière de la résistance algérienne en Tunisie avec Frantz fanon.

    C’était cet homme qui m’avait offert en 1979, le livre Dune de Frank Herbert. Il m’avait dit « tu trouveras cette histoire passionnante un livre d’aventures, mais c’est tout autre chose, tu comprendras sans doute plus tard. »

    1979 étaient, une année, charnières dans le monde musulman l’année 1979 un tournant décisif vers l’obscurité. Le 11 février 1979, Khomeiny prenait le pouvoir et avait proclamé l’instauration de la République islamique de wilayat el faqih (le gouvernement du docte.) Khomeiny s’était inspiré des écrits de son mentor à partir de 1956, l’idéologue des frères musulmans Sayed Qutb. De cette idéologie politico-religieuse expansionniste sont apparus vingt-deux organisations combattantes islamistes chiites dans la région du croissant fertile et en Extrême-Orient.

    Le 20 novembre 1979, une prise d’otages à la Mecque ébranlait le monde musulman à la suite à une fatwa El Saoud autorisé l’application des armes dans les lieux saints, le père d’Oussama Ben Laden avait fourni les plans de la Mecque aux forces françaises du GIGN pour qu’ils libèrent les otages. Celle-ci était une première, désormais les imams des mosquées du monde musulman sortaient de l’ombre et ont emboîté le pas à cette fatwa en émettant des fatwas sur tout et rien à l’exemple du rouge aux ongles pour les femmes.

    L’Islam des mosquées est devenu politique, et particulièrement en Algérie. Le 25 décembre, l’Armée rouge entrait en Afghanistan par la suite l’opération Ajax et la création du camp el Farouk à Kandahar, véhiculant les thèses de Sayed Qutb par l’intermédiaire d’un livre intitulé (les repères sur les chemins.) Qui a été le matelas de 17 organisations combattantes islamiste au Maghreb et en Afrique centrale.

    En 1979, il n’y avait pas seulement les opposants centristes, communistes ou messalistes algériens qui étaient sortis de l’ombre après le décès de Boumediene, il y avait aussi les islamistes freristes qui vivaient dans la clandestinité.
    Nul besoin de vous faire un schéma du monde musulman actuel et d’exprimer qui a décroché cette bataille. Que ce soit le livre ou le film, il m’a fallu bien des décennies pour en saisir le sens. il nous renvoie à l’époque d’une guerre parmi les compagnons (ra) du Prophète Mohamed (saws.) Pour l’instauration d’un khalifat et la persécution des imamites.

    Il est tout à fait possible de relier, sinon trouver des analogies entre, le film Dune et cette guerre par procuration sans fin entre le khalifat et l’imamat (l’Iran et l’Arabie Saoudite) au prix de la domination du monde musulman, de même que l’essentiel des 3 événements de l’année 1979, avec la création de plus d’une quarantaine d’organisations combattante djihadiste, les traditionalismes nationalistes, les radicaux, les littéralistes, wilayat el Faqih et ses groupuscules, etc. qui parfois s’associent et s’entretuent contre leurs ennemis communs à tous ; la trajectoire des réformistes, libéraux musulmans.

    Frank Hebert était un visionnaire écologiste mal compris avant l’heure, bien avant le vulcanologue Haroun Tazieff qui en 1979 défendait la thèse du changement climatique son détracteur était jacques Cousteau.

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